01.09.2008
Suivez le guide
Et bien figurez vous que j’ai passé une bien étrange journée... Si j’étais pessimiste je dirais que ça commence mal pour un lundi, et si j’étais réaliste je dirais que ce mois de Septembre risque d’être bien long...
J’étais là, tranquille, en train de faire un sort à mon 4ème café de la journée, il est 09h30, pas de catastrophe en vue. Pour un peu j’aurais presque été guillerette, mais je ne mange pas de ce pain là, donc je suis restée austère et froide, ce qui me va assez bien.
Je méditais donc sur mes projets d’avenir lorsque DameChef a fait irruption dans mon bureau.
Derrière DameChef, mais à distance respectable toutefois, se tenait une chose à l’allure de vieille petite souris inhibée.
Triomphante DameChef m’annonce :

« Parker, voici Madame Chafouin qui va passer quelques jours avec vous avant qu’elle ne prenne ses fonctions de tortionnaire dans le courant du mois. Vous lui présenterez vos somptueux locaux, les avantages de l’entreprise, et, accessoirement le boulot et vos collègues des autres secteurs. »
J’ai dit « Ainsi soit il mais ça va pas durer des siècles non plus, parce que rapport à ce que je suis payée des clopinettes dans cette taule, et rapport à ce que je vaux plus. » En vrai j’ai dit « Dacodac », parce que je suis fun.
J’ai donc vu Madame Chafouin se dégager de l’ombre de DameChef et me tendre une main molle au bout d’un bras dont la raideur m’a collé la trouille.
Souriante et avenante, oui, j’ai le sens de l’accueil, je lui proposais donc de faire la visite... Ici nous avons les armoires, ici, les toilettes, ici les tiroirs et là Saint Ordi devant lequel je crame des bâtonnets d’encens pour éloigner les virus.
Madame Chafouin ne pige rien à mon humour... ça je l’ai senti direct. Non seulement elle ne comprend pas mes blagues à prix discount, mais en plus elle ne fait même pas l’effort d’esquisser un sourire... Mais que diable faisons nous de la bienséance en ces lieux ? Si Nadine voyait ça...
J’ai ensuite présenté Madame Chafouin à ma valeureuse et courageuse équipe, qui, à l’instar de leur meneuse de troupe, a elle aussi le sens de l’accueil. Et nous voici, de ronds de jambes en sourires encourageants en train d’introniser Madame Chafouin dans le sacro saint des saints... Mais, seule elle semble ignorer sa chance à cet instant précis.
Je me fends donc de la visite de l’ensemble du bâtiment avec Madame Chafouin sur les talons. Arrivées dans mon espace détente privilégiée, je dégaine une Chester d’un geste assuré et commence à m’imprégner de ma chère nicotine. Je croise le regard désapprobateur de Madame Chafouin, mais je m’en fous, je suis plus chef qu’elle alors elle va pas la ramener non plus... en revanche la journée va être longue...
Histoire de faire une boutade en regagnant mon bureau, je lui ai tendu la main en disant « Pour le guide merci. ».... J’ai fait le plus grand bide de ma carrière. Deux minutes plus tard je l’entends pouffer... Elle venait de saisir... Elle faisait une tête de souris qui éternue, les yeux tout plissés et le nez qui se penche vers la bouche toute crispée. A ce moment là j’ai compris pourquoi elle ne souriait pas...
Point d’atermoiement sur le sort de Madame Chafouin, nous ne sommes pas là non plus que pour rigoler, et j’ai du pain sur la planche.
« Il me faudrait la carte et les codes pour pouvoir rentrer dans la forteresse »
Elle parle ! Alléluia, tout n’est pas perdu.
Je lui réponds, (bien oui, moi j’ai lu tout Nadine) « Alors pour la carte et les codes d’accès il faut attendre mercredi, car ça demande aux informaticiens de vous rentrer dans la base et que vous leur avez donné vos empreintes digitales uniquement ce matin, mais on vous ouvrira, ne vous inquiétez pas » (On n’est pas des chiens non plus, puisqu’on vous dit qu’on a lu TOUT Nadine !)
De fil en talons aiguilles, la journée reprends son cours passionnant. Une demie heure plus tard j’entends :
« Il me faudrait la carte et les codes pour pouvoir rentrer dans la forteresse »
« Oui, oui, lui dis-je, mercredi » Avec un large sourire sensé lui faire comprendre qu’elle radote.
Elle opine du museau. Nous nous sommes comprises !! YES !!! Le bonheur se niche parfois dans des petites victoires.
A la pause repas j’ai cru défaillir : « Oh,mais on ne sait que choisir »... Un de mes collègues, qui a moins bien lu Nadine lui a dit : « Oui, mais en même temps il faudrait se décider car on ne va pas rester là toute la journée. »
Là il s’est passé un truc rigolo, tous mes compagnons d’infortune des autres étages m’ont regardé avec comme une forme de soutien dans le regard. J’ai bien vu que silencieusement ils ont salué ma patience, et pendant une seconde ils ont pensé à faire ériger une statue à la gloire de mon abnégation... Mais en post mortem uniquement, sinon ils savent bien que je les bassinerai avec sans interruption.
Après nous être sustentés, la vie a repris son cours normal, moi et mon boulet en train de finaliser un projet, moi et mon boulet en train de commander du matériel, moi et mon boulet on se tient la porte des WC....
Ce qui est bien c’est que la journée avance quand même l’air de rien.
A un moment DameChef m’a téléphoné pour savoir si tout se passait bien, j’ai répondu un « Ouaiche » suffisamment évasif, et là DameChef a explosé de rire dans mon oreille.
« Je suis désolée Parker, je pense qu’on a fait une erreur de casting là, mais je voudrais quand même laisser sa chance au produit, ça vous ennuie pas ?
- Mais du tout... Tant que je me marre... »
DameChef a de nouveau rigolé dans ma trompe d’Eustache, puis elle a raccroché, m’abandonnant à mon infinie solitude.
Un troisième « Il me faudrait la carte et les codes pour pouvoir rentrer dans la forteresse » et venu ponctuer cette fin de journée... Pardon Nadine, mais là, je n’ai pas moufté, même pas un regard, que dalle.... Faudrait voir à pas me fracasser les métatarses dès le lundi quand même...
Elle est partie avant l’heure légale, pour cause de gnome non autonome, et moi je suis partie bien après l’heure légale, car enfin, j’ai pu bosser tranquille...
Je vous embrasse tiens, vous êtes cool vous....
23:21 Publié dans Les moments de solitude | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : souris, boulet, bide

